"Churchs-interiors, architectural paintings 1580-1720" — "Kerken interieurs, architecturale schilderijen 1580-1720"

"Kirchen interiors, architektonische Malerei 1580-1720" — "Interiores de iglesias, pinturas arquitectónicas 1580-1720 

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Langue : français

560 pages, 2300 illustrations couleurs et N/B

Coffret, jaquette, couverture cartonnée

CD/ROM

ISBN 97890-5325-337-3

Prix : €180,00

Site de l'éditeur : PANDORA

Le PROBLEME des ATTRIBUTIONS

Les familles STEENWIJCK et NEEFFS, dont les ateliers comprenaient nombre de peintres, pères, fils, épouses, ainsi que des collaborateurs, puis plus tard des suiveurs, se voient attribuer de nombreuses œuvres et les experts eux-mêmes ont souvent des difficultés pour distinguer puis attribuer avec certitude certaines peintures.

Il faut rappeler que Hendrick van Steewijck l’Ancien(ca 1550-1603 ?) lui même formé par Hans Vredeman de Vries avait pris dans son atelier son fils Hendrick van Steenwijck le Jeune (1580-1649) ainsi que Pieter Neeffs l’Ancien (1578/1588-1657/1671).

Sur la période 1595-1610 environ, des œuvres très similaires sont sorties de son Atelier et les distinctions entre les auteurs  sont très subtiles.

Les Steenwijck se sont expatriés dans les années 1573 à Aix la Chapelle d’abord, puis à Francfort, en 1586 alors que les membres de la Famille Neeffs sont restés fidèles à Anvers jusqu’à leur mort, avec leurs ateliers, et leurs collaborateurs. Steenwijck le Jeune faisaient de nombreux séjours à Anvers.

Durant cette période au cours de laquelle les guerres entre les Espagnols et les Pays-Bas du Nord (Les Provinces Unies) ont entrainé d’importants déplacements de population, il est question de 100.000 personnes entre les Pays-Bas du Sud (la Belgique actuelle environ) et les ¨Pays-Bas du Nord (Les Pays Bas actuels, anciennement les Provinces-Unies), de nombreux peintres ont ainsi transmis leur savoir.  

D’autres peintres peuvent être rattachés à cette école, en particulier Johann Wolfgang AVEMAN (1583-1620) très proche de Hendrick van Steenwijck le Jeune, ils auraient fait leur apprentissage ensemble.

Deux exemples récents très typique de ces difficultés d’attributions méritent d’être signalés.

Un tableau attribué à Pieter Neeffs figurant dans le catalogue raisonné sous le n° M-0975  «  Intérieur d’église sans personnage «  30 x 40,2 vient de faire l’objet d’une restauration par la Maison Douwes à Amsterdam. Quelle ne fut pas leur surprise lors du nettoyage de découvrir une signature. 

Il apparait ainsi que ce tableau a été peint par J.J. HOCH (1750-1829) d’une famille de peintres allemands, donc au 18ème siècle ! (voir sur le site « Découverte récente » une note sur ce peintre)

 Un deuxième exemple résulte d’une étude réalisée par la Maison de Vente  Sotheby's à propos d’une œuvre « Intérieur d’église »  35,2x44,3, attribuée par Jérémy Howarth dans son ouvrage de 2009, sous la référence II.B 82 à Hendrick van Steenwijck le Jeune.

Au terme de cette étude, les experts de Sotheby’s attribuent ce tableau à Pieter Neeffs l’Ancien, comme œuvre de jeunesse alors que les deux peintres étaient encore en formation ensemble dans l’atelier de Hendrick van Stenwijck le Vieux, ou à tout le moins venaient de s’en émanciper.

Les explications de cette étude anglaise rapportées ci-après sont particulièrement intéressantes. (traduction Bernard G.Maillet)

« Ce petit tableau est une œuvre comparativement précoce de Pieter Neefs le Vieux, peinte avant 1610 à l’époque où l’artiste semble avoir travaillé à Anvers, ainsi qu’Hendrick van Steenwyck le Jeune sous la tutelle de Hendrick van Steenwyck le Vieux.

En vérité les proches similitudes stylistiques avec Steenwyck ont conduit le Docteur Jéremy  Howarth à inclure cette œuvre, sur la base d’une photographie dans son catalogue raisonné de 2009 comme une œuvre de Steenwyck le Jeune.

Cette opinion a changé depuis son examen à première vue, favorisant maintenant l’attribution à Pieter Neefs le Vieux.

Une variante de cette composition, de dimensions presqu’identiques, signé Pieter Neefs et montrant la même configuration architecturale, mais avec une disposition différente des personnages figure dans la collection Lichtenstein.

Les personnages animés dans le présent tableau qui sont d’une rare qualité semblent être l’œuvre d’une autre main.

Né à Anvers, Pieter Neefs le Vieux devint membre dans cette ville de la Guilde de Saint Luc en 1609 où il est resté actif jusqu’à sa mort. Se spécialisant dans les intérieurs d’églises à échelle réduite, comme celui-ci, il a pratiqué avec succès devenant un des chefs de file de ce genre  d’architecture d’intérieur.

Bien que paraissant minutieusement observé dans les détails du dessin, cet intérieur d’église gothique ressemble à un « capriccio architectural» vaguement basé sur la Cathédrale d’Anvers.

Pieter Neefs s’est servi de la Cathédrale  exceptionnelle sur le plan architectural avec ses 5 nefs, comme d’un modèle dans nombre de ses œuvres, montrant une maîtrise typique des problèmes de perspective.

Dans cette œuvre, le point de fuite est placé au centre de la nef centrale, dirigé vers le chœur qui est dans l’aile est. 

Au niveau d’une galerie, il y a (autant qu’on peut en juger d’après la statue) le tombeau d’un chef militaire dans un style renaissance tardif, au côté d’un orgue très ornementé.

Animant cette scène, à droite  les trois messieurs bien habillés se tournent à peine pour remarquer un mendiant demandant l’aumône, pendant qu’un prêtre est agenouillé en prière derrière.

Les dames à gauche et à droite au premier-plan peuvent être reconnues grâce à leur chapeau à pompon comme appartenant à une secte missionnaire appelée les Béguines, fondée pour les veuves consacrées à des œuvres charitables.

D’une taille plus réduite, ces personnages conduisent à rendre plus importante la profondeur de l’espace ecclésiastique, démontrant simultanément que cet espace religieux servait à la société de lieu de réunion. »

 

Par ailleurs ,  on peut relever, à ce propos, le développement fort intéressant de Véronique PRAT (Le Figaro Magazine du 7  décembre 2013) :

« Se pose une fois de plus le délicat et passionnant problème de l’attribution, avec toutes les nuances « que cela comporte –copie, répétition, réplique, interprétation, pastiche, en allant jusqu’au faux. La « famille du faux se subdivise elle-même en un cousinage assez varié selon qu’il y a ou non intention « frauduleuse. Ainsi lorsque Delacroix copie un tableau  de Rubens, il ne fait pas un faux mais cherche « à se faire la main par la proximité avec un grand maître. On copie alors pour apprendre. Matisse « copiait Cézanne et Picasso Poussin. 

« Dans les ateliers des XVème et XVIème siècles, les élèves se devaient d’imiter la manière du maître « et de réaliser les copies de ses œuvres qu’il pouvait adresser à ses clients comme étant de sa « main. « C’était le cas dans l’atelier de Perugin où de nombreuses ‘’ Madones’’ furent peintes par ses « assistants dont fit partie Raphaël.

« En Flandres, le succès de Rubens l’amena à faire travailler un atelier important où passèrent Van « Dyck et Jordaens. Le maître donnait l’idée et les collaborateurs en assuraient la réalisation sans que « personne n’y trouve à redire : pour l’artiste comme pour la critique, le mérite de l’invention de « l’œuvre l’emportait sur celui de l’exécution.

 . . . . . . .. .

«  La qualité d’original et le brevet absolu d’authenticité ne sont en fait accordés à l’œuvre unique « entièrement conçue et peinte par le maître lui-même, et à elle seule que depuis le milieu de « XIXème siècle, c’est-à-dire depuis que s’est popularisé le mythe du créateur solitaire ou isolé par « son génie et travaillant sous le feu de l’inspiration. » 

 

En guise de conclusions : tous reconnaissent les difficultées d’attribution et en particulier dans les œuvres de Peintures architecturales des Ecoles du Nord . La distinction est parfois périlleuse  à l’intérieure d’une ecole qu’elle soit Flamande  ou Hollandaise : en effet de nombreux peintres ont été formé ensemble,  ont travaillé ensemble , et se sont copié les uns les autres, et les sujets représentés sont peu nombreux : ( Cathedrale d’Anvers, Vieille église de Delft ou celles d’Amsterdam : la vielle et la Nouvelle  ) de nombreux exemples le confirment .

 

Reflexions faites à Bruxelles le 12 Decembre 2013